01 Les bases : pression, force, débit
Trois grandeurs, deux formules. Tout le reste en découle.
Un circuit hydraulique transporte de l'énergie avec un liquide quasi incompressible. La pompe crée un débit ; c'est la résistance rencontrée par ce débit qui crée la pression. C'est la phrase la plus importante du métier :
Loi de Pascal
Une pression appliquée à un fluide au repos se transmet intégralement et dans toutes les directions. D'où l'effort développé sur un piston :
F en daN · p en bar · S en cm² → 1 bar sur 1 cm² = 1 daN (≈ 1 kg)
Cette égalité d'unités est le petit cadeau du système : bar × cm² = daN, sans coefficient. Un piston de Ø 100 mm (S = 78,5 cm²) à 140 bar pousse 78,5 × 140 = 10 990 daN, soit environ 11 tonnes. C'est l'ordre de grandeur d'un poussoir de grille.
Débit et vitesse
Le débit est un volume par unité de temps. Injecté dans une section, il donne une vitesse :
v (m/s) = Q (L/min) ÷ ( 6 × S (cm²) )
Le facteur 6 vient de la conversion : 1 L/min = 1000 cm³ / 60 s = 16,67 cm³/s, et 1 m/s = 100 cm/s. Retenez-le, c'est celui du chapitre 07.
Puissance hydraulique
et côté moteur : Pmoteur = Phydraulique / ηglobal (η ≈ 0,80 à 0,88)
Exemple centrale grille : 140 bar × 60 L/min / 600 = 14 kW hydrauliques, donc environ 17 kW au moteur électrique.
Pourquoi l'hydraulique ?
- Densité de puissance énorme (petit vérin, gros effort)
- Effort maintenu à l'arrêt sans consommer de couple
- Variation de vitesse continue, inversion facile
- Protection intrinsèque par le limiteur de pression
Ses défauts
- Rendement moyen : tout ce qui n'est pas travail devient chaleur
- Fuites, propreté, pollution du fluide
- Bruit, vibrations, coups de bélier
- Énergie résiduelle piégée (accumulateur, charge suspendue)
Ordres de grandeur usine
- Pression de service : 100 – 210 bar
- Centrale grille UVE : ≈ 140 bar
- Vitesse vérin lente : 5 – 50 mm/s
- Température huile : 40 – 55 °C (alarme 70 °C)
02 Le fluide : familles, viscosité, propreté
L'huile n'est pas un consommable : c'est un composant du circuit. Elle transmet, lubrifie, refroidit, étanche et évacue les particules.
Les cinq fonctions de l'huile
1 · Transmettre
Véhiculer la puissance sans se comprimer (≈ 0,7 % de volume par 100 bar).
2 · Lubrifier
Film entre piston et chemise, entre engrenages de pompe. C'est le rôle des additifs anti-usure (AW / zinc).
3 · Refroidir
Évacuer vers le réservoir et l'échangeur la chaleur créée par les pertes de charge.
4 · Étancher
Le film huileux complète l'étanchéité des jeux internes (pompes à pistons, distributeurs).
5 · Transporter
Emporter les particules d'usure jusqu'au filtre. D'où l'obsession de la filtration.
Le point clé
Ces cinq fonctions se dégradent toutes quand l'huile s'oxyde, se pollue ou chauffe. Une panne hydraulique sur deux est une panne de fluide.
Classification ISO 6743-4 / DIN 51524
| Code | Norme | Composition & additifs | Emploi typique |
|---|---|---|---|
| HH | — | Minérale pure, sans additif | Obsolète, circuits très basse pression |
| HL | DIN 51524-1 | + anti-oxydant, anti-corrosion | Circuits peu chargés, systèmes de graissage |
| HM | DIN 51524-2 (HLP) | HL + anti-usure (AW) | Standard industriel, pompes à palettes et pistons |
| HV | DIN 51524-3 (HVLP) | HM + améliorant d'indice de viscosité (IV > 130) | Fortes variations de température, extérieur, engins |
| HFC | ISO 12922 | Eau-glycol, difficilement inflammable | Proximité point chaud, fonderie, four |
| HFDU | ISO 12922 | Ester synthétique, difficilement inflammable | Idem HFC, meilleure lubrification |
| HEES | ISO 15380 | Ester biodégradable | Risque environnemental (barrages, engins mobiles) |
La viscosité : classe ISO VG
La classe ISO VG est simplement la viscosité cinématique en mm²/s (cSt) à 40 °C. VG 46 = 46 cSt à 40 °C. Ce n'est pas un choix esthétique : c'est le paramètre qui détermine si le film lubrifiant tient et si la pompe arrive à aspirer.
Huile trop fluide
- Film rompu → usure, grippage
- Fuites internes → rendement volumétrique en chute
- Vérin qui « descend » tout seul
- Échauffement par recirculation interne
Huile trop visqueuse
- Cavitation à l'aspiration (bruit de gravier)
- Pertes de charge → échauffement
- Démarrage à froid difficile, réponse molle
- Filtres en by-pass permanent
Indice de viscosité (IV) : mesure la stabilité de la viscosité avec la température. Une minérale simple est à IV ≈ 100 ; une HV dépasse 130 grâce aux polymères améliorants. À froid elle reste pompable, à chaud elle garde du film. C'est pourquoi les centrales soumises à l'ambiance d'un hall four, chaudes l'été et froides au démarrage hivernal, sont en HV.
La propreté : norme ISO 4406
Trois nombres, par exemple 18/16/13, correspondant au nombre de particules par 100 mL supérieures à 4 µm / 6 µm / 14 µm. Chaque unité gagnée = deux fois moins de particules.
| Composant | Classe cible | Filtration | Commentaire |
|---|---|---|---|
| Pompe à engrenages | 20/18/15 | β₂₅ ≥ 75 | Le plus tolérant |
| Pompe à palettes | 19/17/14 | β₁₀ ≥ 100 | Sensible aux rayures de flasques |
| Pompe à pistons | 17/15/12 | β₆ ≥ 200 | Jeux internes de quelques µm |
| Distributeur proportionnel | 17/15/12 | β₆ ≥ 200 | Tiroir qui colle = défaut de propreté |
| Servovalve | 15/13/10 | β₃ ≥ 200 | Filtration dernière chance obligatoire |
Le mode de dégradation qu'on oublie : l'eau
- < 200 ppm : dissoute, invisible, tolérable
- 200 – 500 ppm : saturation proche, additifs qui s'hydrolysent
- > 500 ppm : eau libre, huile laiteuse → corrosion, perte de portance, gel de l'additif AW
Sources : condensation dans le ciel du réservoir (respiration jour/nuit), fuite d'échangeur, lavage haute pression à côté d'un vérin. La parade : reniflard déshydratant et échangeur surveillé.
03 Les huiles du site & leurs FDS
Références issues du registre produits de L'Interval — pas de générique, uniquement ce qui est réellement en magasin.
CONDAT HYDROLUB HVX 68
Nature — huile hydraulique minérale type HV, indice de viscosité > 130, anti-usure / anti-mousse / anti-corrosion.
Emploi — circuits soumis à fortes variations de température et pressions de service élevées.
Normes — ISO 11158 · DIN 51524-3 (HVLP). Résistance à l'hydrolyse et désémulsion renforcées.
CONDAT HYDROLUB HVX 32
Nature — huile hydraulique minérale type HV, indice de viscosité > 130.
Emploi — circuits à fortes variations de température, servocommandes et circuits rapides.
Normes — ISO 11158 · DIN 51524-3 (HVLP).
CONDAT HYDROLUB HMAX 22
Nature — huile hydraulique minérale type HM, anti-usure.
Emploi — circuits hydrauliques à température stable, viscosité basse.
Normes — DIN 51524-2 (HLP). La gamme HYDROLUB HM répond également à DENISON HF-0.
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Lire une FDS d'huile : les rubriques qui comptent vraiment
| § | Rubrique | Ce qu'on y cherche en hydraulique |
|---|---|---|
| 2 | Identification des dangers | Classification CLP, mentions H, pictogrammes. Beaucoup d'huiles minérales neuves ne sont pas classées — cela ne veut pas dire « sans danger ». |
| 4 | Premiers secours | La rubrique critique : conduite à tenir en cas d'injection sous pression (voir chapitre 09). |
| 5 | Lutte contre l'incendie | Point d'éclair (généralement > 200 °C), agents d'extinction, produits de combustion (CO, fumées denses). |
| 6 | Déversement accidentel | Absorbant, interdiction de rejet au réseau, kit anti-pollution. Une flaque d'huile est aussi un risque de glissade. |
| 7 | Manipulation / stockage | Température de stockage, incompatibilités, position des fûts (couchés ou sous abri pour éviter l'eau). |
| 8 | Contrôle d'exposition / EPI | Gants nitrile (pas latex), lunettes, brouillards d'huile en cas de fuite pulvérisée. |
| 9 | Propriétés physico-chimiques | Viscosité à 40 °C et 100 °C, densité, point d'écoulement, point d'éclair. |
| 13 | Élimination | Huile usagée = déchet dangereux, code 13 01 10*, filière agréée, bordereau BSDD. |
Compatibilité joints ↔ fluide
| Fluide | NBR (nitrile) | FKM (Viton) | EPDM | PU |
|---|---|---|---|---|
| Minérale HM / HV | ✓ standard | ✓ | ✗ gonfle | ✓ |
| HFC (eau-glycol) | ✓ | ~ à valider | ✓ | ✗ hydrolyse |
| HFDU (ester) | ✗ | ✓ | ~ | ~ |
| HEES (bio-ester) | ~ NBR spécifique | ✓ | ✗ | ~ |
Changer de fluide sans vérifier ce tableau, c'est programmer une fuite généralisée trois semaines plus tard.
04 La centrale hydraulique
Le schéma ci-dessous est un groupe complet. Cliquez chaque organe pour sa fiche — l'huile circule en ambre, le retour en gris, les pilotages en cyan.
Centrale hydraulique complète
Cliquez un organe du schéma pour afficher sa fiche : rôle, dimensionnement, points de contrôle et défauts typiques.
Le trajet de l'huile, dans l'ordre
- Réservoir — l'huile décante, désémulsionne, se refroidit. La cloison force le circuit long entre retour et aspiration.
- Crépine d'aspiration — grosse maille (100–150 µm), en charge, jamais fine : une crépine colmatée fait caviter la pompe.
- Pompe — crée le débit. Entraînée par le moteur électrique via un accouplement élastique.
- Clapet anti-retour — empêche le retour d'huile dans la pompe à l'arrêt (et l'entraînement en moteur).
- Limiteur de pression — tarage du circuit. Toute l'huile qu'il renvoie à la bâche est transformée en chaleur.
- Filtre haute pression — protège les organes fins situés en aval (proportionnels, servovalves).
- Accumulateur — réserve d'énergie, amortit les pics, complète le débit sur les coups rapides.
- Distributeur — aiguille le débit vers A ou B ; au neutre, centre fermé = vérin bloqué.
- Vérin — convertit pression × section en force, et débit ÷ section en vitesse.
- Filtre retour + échangeur — filtration fine (10 µm) et refroidissement avant remise en bâche, retour immergé pour éviter le moussage.
05 Les pompes
Toutes volumétriques : elles déplacent un volume fixe par tour. Le débit dépend donc de la vitesse, pas de la pression.
Les trois grandes familles
| Type | Pression max | Rendement | Cylindrée | Forces / faiblesses |
|---|---|---|---|---|
| Engrenages | ≤ 250 bar | 0,80 – 0,88 | fixe | Robuste, tolérante à la pollution, bon marché. Bruyante, pas de variation. |
| Palettes | ≤ 175 bar | 0,82 – 0,90 | fixe ou variable | Silencieuse, débit régulier. Sensible à la pollution et à la viscosité. |
| Pistons axiaux | ≤ 420 bar | 0,88 – 0,95 | variable (plateau) | Haut rendement, régulation de puissance. Chère, exigeante en propreté. |
Calculer le débit d'une pompe
ηv = rendement volumétrique ≈ 0,92 à 0,97 neuf
Exemple : cylindrée 25 cm³/tr à 1450 tr/min avec ηv = 0,95 → 25 × 1450 × 0,95 / 1000 = 34,4 L/min.
Cavitation : la mort lente
Si la pression à l'aspiration descend sous la tension de vapeur, des bulles se forment puis implosent côté refoulement. Chaque implosion arrache de la matière.
Signes
- Bruit de gravier / billes dans la pompe
- Huile qui mousse, blanchit dans le voyant
- Pression instable, vérins saccadés
- Vibrations du groupe
Causes & parades
- Crépine colmatée → nettoyage / remplacement
- Huile trop visqueuse ou trop froide → VG correcte, réchauffage
- Niveau bas → appoint (même huile !)
- Aspiration trop longue, coude serré, vanne partiellement fermée
- Reniflard bouché → dépression dans le ciel du réservoir
06 Les vérins : géométrie et conséquences
Un vérin double effet n'est pas symétrique. C'est toute l'histoire de ce chapitre.
Les deux sections, les quatre conséquences
S₂ = π·(D² − d²) / 4 (côté tige, rentrée)
φ = S₁ / S₂ rapport de section — typiquement 1,25 · 1,45 · 2,0
Vitesse
À débit égal, la rentrée est plus rapide que la sortie, dans le rapport φ.
Force
À pression égale, la sortie pousse plus fort que la rentrée ne tire, dans le rapport φ.
Débit de retour
En rentrée, le débit renvoyé au réservoir est φ fois le débit d'alimentation. Piège de dimensionnement.
Volume d'huile
Un cycle complet consomme S₁·C + S₂·C, pas 2·S₁·C.
Types de vérins
| Type | Retour | Emploi |
|---|---|---|
| Simple effet | Ressort ou gravité | Serrage, éjection, vérin de levage court |
| Double effet | Hydraulique | Le standard industriel — poussoirs, barreaux de grille, portes |
| Double tige | Hydraulique | Sections égales → vitesses et forces symétriques (machines-outils) |
| Télescopique | Hydraulique / gravité | Grande course en faible encombrement (bennes) |
Amortissement de fin de course
En fin de course, un pion pénètre dans un alésage et étrangle la sortie d'huile : la vitesse chute sur les derniers millimètres, ce qui évite le choc mécanique. Réglable par une vis pointeau.
- Trop serré : le vérin s'arrête net avant la butée, surpression dans la chambre, temps de cycle allongé.
- Trop ouvert : choc franc en butée — bruit sec, fissuration du fond, desserrage des fixations.
- Réglage : on serre jusqu'à entendre disparaître le choc, puis on ouvre d'un quart de tour.
Flambage : la limite qui se calcule
Une tige longue en compression flambe avant de casser en compression pure. La charge critique d'Euler :
E ≈ 210 000 N/mm² (acier) · Lk = longueur libre selon le mode de fixation
On applique un coefficient de sécurité de 3,5. Concrètement : au-delà d'une course d'environ 15 à 20 fois le diamètre de tige, on ne choisit plus la tige par l'effort mais par le flambage.
07 Calculer la vitesse d'un vérin
Le cœur du métier : à débit imposé, la vitesse est entièrement fixée par le diamètre. Et elle varie en 1/D².
La démonstration en trois lignes
Le débit qui entre dans une chambre remplit un volume par seconde. Ce volume, c'est la section multipliée par le déplacement. Donc :
donc v = 4·Q / (π·D²) → la vitesse est inversement proportionnelle au carré du diamètre
Conséquence pratique : doubler le diamètre du vérin ne divise pas la vitesse par 2 mais par 4. Et l'effort, lui, est multiplié par 4. C'est le compromis permanent : force × vitesse = puissance = constante.
Formules pratiques, unités d'atelier
Rentrée v₂ (m/s) = Q / (6 × S₂) S₂ = section annulaire
Temps t (s) = C (mm) / ( v (m/s) × 1000 )
Effort F (daN) = p (bar) × S (cm²)
Retour Qret = Q × Sopposée / Salimentée
🧮 CALCULATEUR VÉRIN
saisie libreSections
Vitesses & temps
Efforts & puissance
Simulation à l'échelle du temps réel
Vitesse en fonction du diamètre — la courbe en 1/D²
À débit constant, voici ce que donne chaque diamètre normalisé. Le point ambre est votre configuration.
| Ø piston | S₁ (cm²) | v sortie (mm/s) | t course (s) | F à p (daN) |
|---|
Vitesse dans les tuyauteries : le contrôle qu'on oublie
| Ligne | v recommandée | Si on dépasse |
|---|---|---|
| Aspiration | 0,5 – 1,5 m/s | Cavitation de la pompe |
| Retour | 2 – 4 m/s | Contre-pression, moussage |
| Pression (service) | 4 – 6 m/s | Pertes de charge, échauffement, bruit |
| Pression (courte, ponctuelle) | ≤ 8 m/s | Érosion des coudes |
08 Distribution & régulation
Diriger, limiter, freiner, tenir. Quatre fonctions, quatre familles de composants.
Le distributeur, en clair
Notation n/m : n = nombre d'orifices, m = nombre de positions. Un 4/3 a 4 orifices (P, T, A, B) et 3 positions.
| Type de centre | Au neutre | Emploi |
|---|---|---|
| Fermé | P, T, A, B tous fermés | Vérin bloqué en position. Attention : pompe en pression permanente → échauffement. |
| Ouvert (H) | Tout relié à T | Vérin libre, pompe déchargée. Idéal en pompe à cylindrée fixe. |
| Tandem | P→T, A et B fermés | Vérin bloqué et pompe déchargée. Le meilleur compromis énergétique. |
| Flottant (Y) | A et B → T, P fermé | Vérin libre, pression maintenue ailleurs. |
Régler une vitesse : les trois montages
À l'entrée (meter-in)
Étranglement sur l'alimentation. Bon contrôle en charge résistante. Inefficace si la charge entraîne le vérin (il s'emballe).
À la sortie (meter-out)
Étranglement sur le retour : le vérin est freiné par contre-pression. Le seul montage correct pour une charge entraînante (descente). Attention à la multiplication de pression dans la chambre annulaire.
En dérivation (bleed-off)
On renvoie une partie du débit à la bâche. Le plus économe en énergie, mais la vitesse dépend de la charge — précision médiocre.
Réducteur de débit simple ou compensé ? Un étranglement simple laisse passer un débit qui varie avec la différence de pression, donc avec la charge et la température. Un régulateur compensé en pression maintient un Δp constant à ses bornes : la vitesse ne bouge plus. Sur un mouvement de sécurité ou un temps de cycle garanti, c'est obligatoire.
Les valves de pression
| Composant | Rôle | Symptôme si défaillant |
|---|---|---|
| Limiteur de pression | Plafonne la pression du circuit, protège la pompe | Tarage bas = manque d'effort ; grippé fermé = éclatement / disjonction |
| Réducteur de pression | Crée une branche à pression plus basse | Dérive de l'effort de serrage sur une seule branche |
| Séquence | Alimente un second circuit une fois un seuil atteint | Ordre des mouvements non respecté |
| Équilibrage / freinage | Retient une charge entraînante | Descente en chute libre ou mouvement saccadé |
| Clapet piloté | Blocage étanche d'un vérin en position | Affaissement lent de la charge |
L'accumulateur
Une vessie d'azote comprimé dans une bouteille : on stocke de l'énergie sous forme de gaz comprimé.
- Pré-charge P₀ ≈ 0,9 × pression mini de service. Trop basse : la vessie tape le clapet. Trop haute : capacité utile nulle.
- Rôles : compléter le débit sur un pic, amortir les coups de bélier, maintenir une pression, secourir un mouvement à la coupure.
- Contrôle : la pré-charge se vérifie circuit vidangé, avec un appareil de gonflage azote. Jamais d'air comprimé (risque d'explosion / oxydation).
09 Sécurité & consignation hydraulique
Le risque hydraulique n'est pas celui qu'on croit. Ce n'est ni le feu ni la chimie : c'est l'énergie mécanique stockée et le jet sous pression.
⚠ Injection sous pression — urgence chirurgicale
Une micro-fuite d'un joint ou d'un flexible fissuré produit un jet fin, souvent invisible, à 100–200 bar. Ce jet traverse un gant de cuir et la peau sans douleur immédiate. L'huile diffuse ensuite dans les gaines des tendons et provoque une nécrose.
- La plaie d'entrée ressemble à une piqûre d'aiguille — bénigne en apparence.
- La douleur violente arrive après plusieurs heures ; il est alors souvent trop tard.
- Conduite à tenir : urgence chirurgicale immédiate, dans les 6 heures. Signaler explicitement au médecin qu'il s'agit d'une injection d'huile hydraulique sous haute pression et fournir la FDS du produit.
- Le taux d'amputation dépasse 40 % quand la prise en charge dépasse 12 heures.
Prévention absolue : ne jamais chercher une fuite à la main. On utilise un morceau de carton ou une plaque, tenu à distance, jamais les doigts.
Les cinq énergies résiduelles à neutraliser
| # | Énergie | Neutralisation |
|---|---|---|
| 1 | Pression résiduelle dans les lignes | Purge par le distributeur, contrôle manomètre à 0 bar |
| 2 | Accumulateur chargé | Vanne de décharge ouverte, contrôle manomètre dédié |
| 3 | Charge suspendue / masse en équilibre | Descente en position basse, ou calage mécanique (chandelle, broche) |
| 4 | Énergie électrique du groupe | Consignation électrique du moteur (S.C.I.V.), cadenas + étiquette |
| 5 | Ressort armé (vérin simple effet, freins) | Détente contrôlée ou blocage spécifique |
Séquence de consignation hydraulique
- Séparer — arrêt du groupe, consignation électrique du moteur (cadenas + étiquette nominative).
- Condamner — vannes d'isolement fermées et verrouillées.
- Dissiper — actionner les distributeurs à la main pour purger les lignes, décharger l'accumulateur.
- Caler — bloquer mécaniquement toute masse pouvant descendre. Ne jamais faire confiance à un vérin.
- Vérifier — manomètres à zéro, essai de commande sans effet, VAT sur la partie électrique.
- Attester — attestation de consignation signée, remise à l'intervenant.
Autres risques
Brûlure
Huile à 60–70 °C en service, tuyauteries HP chaudes. Une projection d'huile chaude sous pression brûle et pénètre.
Incendie
Point d'éclair > 200 °C, mais une fuite pulvérisée sur une paroi chaude s'enflamme comme un brouillard combustible. D'où les fluides HFC/HFDU près d'un four.
Fouettement de flexible
Un flexible qui rompt sous pression fouette violemment. Les colliers anti-fouettement sont obligatoires sur les lignes exposées.
Glissade
Cause n°1 des accidents réellement déclarés autour d'une centrale. Absorbant, bac de rétention, nettoyage immédiat.
Environnement
Rétention obligatoire sous les réservoirs, kit anti-pollution à proximité, interdiction absolue de rejet au réseau.
Bruit
Une centrale non capotée dépasse facilement 85 dB(A) : signalisation et PICB.
EPI de base pour une intervention hydraulique : gants nitrile (résistants aux huiles minérales), lunettes ou visière dès qu'un raccord est desserré, chaussures de sécurité antidérapantes, bac de récupération sous le point d'ouverture.
10 Maintenance & dépannage
80 % des pannes hydrauliques ont pour cause la pollution ou l'échauffement du fluide. Les deux se surveillent.
Le plan de surveillance minimal
| Périodicité | Contrôle | Seuil / action |
|---|---|---|
| Quotidien | Niveau, température, bruit, fuites visibles | Niveau mini, T < 60 °C, aucun bruit anormal |
| Hebdo | Indicateur de colmatage des filtres | Aiguille au rouge → remplacement cartouche |
| Mensuel | Pression de tarage, temps de cycle, état des flexibles | Dérive > 10 % du temps de cycle = investigation |
| Semestriel | Analyse d'huile (ISO 4406, eau, TAN, viscosité, spectrométrie) | Voir tableau ci-dessous |
| Annuel | Pré-charge accumulateur, étalonnage manomètres, épreuve flexibles | Remplacement flexibles ≥ 6 ans quel que soit l'aspect |
Lire une analyse d'huile
| Paramètre | Bon | Vigilance | Action | Ce que ça signifie |
|---|---|---|---|---|
| Viscosité à 40 °C | ± 5 % | ± 10 % | > ± 15 % | Baisse = cisaillement des polymères ou dilution ; hausse = oxydation |
| Indice d'acidité TAN | < 0,5 | 0,5 – 1,0 | > 1,0 mgKOH/g | Oxydation avancée → vernis, corrosion |
| Eau | < 200 ppm | 200 – 500 | > 500 ppm | Condensation, échangeur percé |
| Propreté ISO 4406 | 17/15/12 | 19/17/14 | > 20/18/15 | Filtration inefficace ou entrée de pollution |
| Fer (Fe) | < 20 ppm | 20 – 50 | > 50 ppm | Usure des corps de pompe, tiges, chemises |
| Silicium (Si) | < 15 ppm | 15 – 25 | > 25 ppm | Poussière ambiante = reniflard HS ou joint de tige usé |
| Zinc (Zn) | stable | −20 % | −40 % | Épuisement de l'additif anti-usure |
Arbre de dépannage
| Symptôme | Causes probables, dans l'ordre | Vérification |
|---|---|---|
| Pas de pression | Limiteur déréglé/grippé ouvert · pompe désaccouplée · sens de rotation inversé · niveau bas | Manomètre en sortie pompe, sens de rotation du moteur |
| Pression OK, vérin lent | Fuite interne pompe (ηv) · joints de piston HS · réducteur de débit déréglé | Débitmètre en ligne, comparer temps de cycle à vide / en charge |
| Vérin qui descend seul | Joints de piston usés · tiroir de distributeur fuyard · clapet piloté HS | Isoler le vérin : si la dérive persiste, c'est le vérin |
| Mouvement saccadé (stick-slip) | Air dans le circuit · joints trop serrés · vitesse trop faible · guidage désaligné | Purge, contrôle d'alignement, essai à vitesse plus élevée |
| Huile qui chauffe | Limiteur ouvert en permanence · échangeur encrassé · débit surdimensionné · viscosité inadaptée | Mesurer Δ T entrée/sortie échangeur, temps passé en pression |
| Bruit de gravier | Cavitation à l'aspiration (crépine, viscosité, niveau, reniflard) | Dépression à l'aspiration, propreté crépine |
| Huile laiteuse | Eau libre (échangeur percé) ou air entraîné (retour non immergé) | Analyse d'eau, contrôle du retour et des raccords d'aspiration |
| Filtre colmaté rapidement | Usure interne active · huile neuve non filtrée à l'appoint · démarrage à froid | Analyse d'huile, couper l'aiguille du filtre et examiner les dépôts |
11 Application : l'hydraulique de la ligne four
Sur l'UVE, l'hydraulique n'est pas un utilitaire : c'est ce qui fait avancer le déchet. Si elle s'arrête, la ligne s'arrête.
Les organes hydrauliques de la ligne
| Organe | Fonction | Type de mouvement | Enjeu conduite |
|---|---|---|---|
| Alimenteur / poussoir | Pousse les déchets de la goulotte sur le premier gradin (séchage) | Va-et-vient lent, course longue, cadence variable | La cadence règle le débit d'enfournement, donc la charge thermique |
| Barreaux mobiles de grille | Font avancer et brassent le lit de déchets sur 3 pistes / 4 zones | Va-et-vient par zone, vitesse indépendante | Répartit le temps de séjour (≈ 90 min) et l'épaisseur du lit |
| Extracteur à mâchefers | Pousse les mâchefers hors du bain d'extinction vers le tapis | Course longue, effort élevé, ambiance très abrasive | Un extracteur bloqué remonte le niveau d'eau et perturbe la garde hydraulique |
| Grappin de fosse | Ouverture / fermeture de la benne preneuse | Cycles rapides et très nombreux | Composant le plus sollicité en nombre de cycles de toute l'installation |
| Registres / clapets | Positionnement de volets sur circuits d'air ou de fumées | Positionnement proportionnel | Demande une régulation compensée et une bonne propreté d'huile |
Pourquoi trois pompes sur la centrale grille
Disponibilité
Une pompe en secours permanent : la ligne ne s'arrête pas sur une avarie de pompe. Permutation périodique pour équilibrer les heures.
Adaptation du débit
Le besoin varie fortement entre la marche normale et un mouvement simultané de plusieurs zones. Deux pompes en parallèle couvrent les pics.
Rendement
Faire tourner une seule pompe en régime établi évite de renvoyer en permanence un débit inutile au limiteur — donc de chauffer l'huile pour rien.
Le calcul type sur un poussoir
Prenons un poussoir de grille, ordres de grandeur représentatifs (à recaler sur les plans HZI et la nomenclature du constructeur) :
- Ø piston D = 125 mm, Ø tige d = 90 mm, course C = 1200 mm
- Pression de service p = 140 bar, débit alloué Q = 25 L/min
v₁ = 25 / (6 × 122,7) = 0,034 m/s = 34 mm/s → t = 1200 / 34 = ≈ 35 s
S₂ = π×(12,5²−9²)/4 = 59,1 cm² → v₂ = 25/(6×59,1) = 70 mm/s, retour ≈ 52 L/min
On voit immédiatement les deux enseignements du chapitre 07 : la rentrée est deux fois plus rapide (φ ≈ 2,08) et le débit renvoyé au filtre retour dépasse largement le débit pompe. Reportez ces valeurs dans le calculateur du chapitre 07 pour retrouver le résultat.
Ce qui dégrade l'huile spécifiquement sur une UVE
Ambiance thermique du hall four
Rayonnement du four et des gaines, températures ambiantes élevées et très variables entre le démarrage et la marche établie. C'est l'argument direct pour une huile HV à haut indice de viscosité plutôt qu'une HM.
Poussières et abrasifs
Cendres, sables, poussières de fosse. Elles entrent par les joints de tige (vérins d'extracteur, très exposés) et par le reniflard. Un silicium élevé en analyse d'huile pointe directement l'un des deux.
Eau du bain d'extinction
Vapeur permanente autour de l'extracteur à mâchefers, condensation dans le ciel du réservoir. Reniflard déshydratant et suivi de la teneur en eau.
Cycles nombreux et lents
Beaucoup de mouvements à très faible vitesse : risque de stick-slip et sollicitation continue des joints. Le nombre de cycles annuels d'un grappin dépasse celui de n'importe quel autre organe du site.
QZ Quiz — 16 questions
Chaque réponse est expliquée. Tirage aléatoire : relancez pour changer l'ordre.