Formation conduite · Machines tournantes
Les pompes
Toutes les familles de pompes qu'on croise dans une UVE — de l'eau alimentaire aux boues, réactifs et mise sous vide. Pour chacune : le principe animé, l'usage sur l'installation et ce qui la distingue. Plus le calcul de HMT et les protections des pompes alimentaires.
- CentrifugeMulticellulaireSubmersible / vortexEngrenagesVis excentréeLobesDoseusePistonPéristaltiqueAnneau liquideÉjecteur
La HMT : ce que la pompe doit « pousser »
Une pompe apporte de l'énergie à un liquide. On la mesure par la Hauteur Manométrique Totale (HMT), exprimée en mètres de colonne d'eau (m). C'est la somme de trois choses :
HMT = Hgéo + pertes de charge + ΔPréservoirs — et pour une pompe alimentaire, c'est la pression chaudière qui domine (1 bar ≈ 10,2 m).
Calculateur HMT & puissance
Pompe centrifuge
La plus répandue à l'UVE. Une roue (impulseur) tourne vite : elle projette le liquide vers l'extérieur par force centrifuge. La volute transforme la vitesse en pression. Débit régulier, pas de à-coups.
Point de fonctionnement
Le débit réel, c'est là où la courbe pompe croise la courbe du circuit. Ferme la vanne → le point remonte (moins de débit) ; ajoute une pompe → il file à droite.
Multicellulaire (à étages) — la pompe alimentaire
Pour vaincre la pression chaudière, une seule roue ne suffit pas : la 2630P110 est une KSB HGC 3/11 à 11 étages en série sur le même arbre. La pression grimpe de ~2,4 bar à l'aspiration jusqu'à 97,6 bar au refoulement — soit Δp = 95,2 bar ≈ 970 m de HMT.
Pompe · KSB HGC 3/11
| Repère | 2630P110 A/B/C |
|---|---|
| Débit Q | 111,6 t/h |
| Δp · refoulement | 95,2 bar · 97,6 bar |
| Étages | 11 |
| Vitesse | 2985 tr/min |
| t° maxi | 130 °C |
| Masse · année | 1041 kg · 2021 |
Moteur · Siemens 1LE5
| Repère | 2630PM110C |
|---|---|
| Puissance | 538 kW direct · 480 kW variateur |
| Tension | 400 V Δ (890 A) / 690 V Y |
| cos φ · η | 0,90 · 96,6 % (IE3) |
| Vitesse | ~2990 tr/min · 50 Hz |
| Protection | IP55 · classe F · TEFC |
| Masse | 2,79 t |
Pompe submersible (roue vortex / dilacératrice)
Une centrifuge immergée directement dans le liquide, moteur étanche. Sa roue vortex (en retrait) crée un tourbillon qui entraîne le liquide sans que les solides ne touchent la roue — donc pas de bourrage. En version dilacératrice, un couteau broie les matières avant refoulement.
Sur l'UVE
Relevage des effluents, fosses et puisards, eaux sales, lixiviats, vidanges. Auto-amorçante par nature (elle est dans l'eau) ; pilotée par flotteurs / niveaux.
Points d'attention
Risque de colmatage et d'usure (produits abrasifs) ; l'entretien impose de la sortir de la fosse. Ne pas la faire tourner hors d'eau (le liquide refroidit le moteur).
Selon l'eau à relever, on choisit le type de roue :
Eaux claires à peu chargées
La roue en retrait crée un tourbillon : le liquide passe sans que les solides ne touchent la roue. Très anti-colmatage, mais rendement un peu plus faible.
Eaux usées avec matières
Un couteau broie fibres et matières avant le refoulement → protège les petites conduites. Idéale pour effluents domestiques / organiques.
Eaux chargées
Un seul grand canal dans la roue laisse passer les gros passages sans bourrer. Bon compromis débit / anti-colmatage.
Associer les pompes : parallèle ou série
On installe souvent plusieurs pompes (comme les 2630P110 A/B/C). Deux montages, deux effets opposés.
Débit ×N · même HMT
Les pompes débitent côte à côte dans le même collecteur : on additionne les débits, la hauteur ne change pas. C'est le montage des pompes alim A/B/C (une en service, une en secours, deux ensemble en forte charge). Chaque pompe a son clapet pour ne pas refouler à travers la voisine à l'arrêt.
HMT ×N · même débit
La sortie de l'une alimente l'entrée de la suivante : les hauteurs s'additionnent, le débit reste le même. C'est exactement ce que font, en interne, les 11 étages de la multicellulaire.
Pompe volumétrique
Ici, pas de force centrifuge : on emprisonne un volume de liquide et on le refoule mécaniquement (engrenages, piston, vis, lobes). Conséquence : le débit est quasi constant quelle que soit la pression, et la pompe peut monter très haut en pression. Usage : huile, produits visqueux, dosage, hydraulique.
Centrifuge vs volumétrique
| Centrifuge | Volumétrique | |
|---|---|---|
| Débit | varie avec la P | ≈ constant |
| Pression | limitée / roue | très élevée |
| Vanne au refoulement fermée | toléré un instant (mini!) | interdit → surpression |
| Amorçage | à faire | souvent auto-amorçante |
Pompe à vis excentrée (rotor-stator)
Volumétrique : un rotor métallique hélicoïdal tourne dans un stator souple (élastomère). Il se forme des cavités étanches qui avancent de l'aspiration vers le refoulement en portant le produit sans le brasser. Débit régulier, proportionnel à la vitesse.
Sur l'UVE
Idéale pour les produits visqueux, chargés ou abrasifs : boues, lait de chaux, lixiviats, polymère. Douce (ne cisaille pas les flocs), auto-amorçante, réversible, dosage précis.
Points d'attention
Le stator est une pièce d'usure. Jamais à sec : sans liquide, le frottement rotor/stator détruit l'élastomère en quelques secondes.
Pompe à lobes
Deux rotors à lobes tournent en sens inverse sans se toucher (synchronisés par des engrenages extérieurs). Le produit est transporté dans les creux, le long des parois. Pas de contact métal-métal → doux et tolérant aux solides.
Sur l'UVE
Transfert de boues et de produits visqueux/chargés. Débit régulier, réversible, se démonte vite (maintenance rapide). Ne cisaille pas le produit.
Points d'attention
Les jeux s'usent (rendement qui baisse) ; monte moins haut en pression qu'une pompe à vis. Sensible aux gros corps durs.
Pompe doseuse
Une volumétrique de précision : elle injecte un volume exact de réactif à chaque coup de membrane. On règle le débit par la course et la cadence. À l'UVE : phosphate (C5502), réducteur d'oxygène DEHA (C0757), correcteur de pH, javel…
Pompe à piston (haute pression)
Un piston (ou une membrane) fait un va-et-vient. Deux clapets imposent le sens : à l'aspiration le piston recule et aspire (clapet d'aspiration ouvert) ; au refoulement il avance et chasse le liquide (clapet de refoulement ouvert). Volumétrique → très haute pression et débit précis.
Sur l'UVE
Haute pression (nettoyage HP, injection) et dosage précis. En version membrane pneumatique (air comprimé, « AOD »), elle transfère des produits chargés/corrosifs sans moteur électrique et tolère de tourner à sec.
Points d'attention
Débit pulsé (à-coups) → souvent un amortisseur / anti-bélier. Les clapets s'usent et s'encrassent ; jamais refouler vanne fermée sans soupape.
Pompe péristaltique
Encore une volumétrique, mais rien de mécanique ne touche le produit : des rouleaux écrasent un tuyau souple contre le corps de la pompe. Le rouleau pince le tube et pousse devant lui le volume de liquide emprisonné, de l'aspiration vers l'évacuation ; derrière lui, le tube se rouvre et aspire à nouveau. Et ainsi de suite à chaque tour.
Pourquoi c'est pratique
- Le produit ne touche que le tuyau : rien à nettoyer côté pompe, aucune contamination — idéal pour les produits abrasifs, chargés, corrosifs ou visqueux (lait de chaux, polymère, boues, réactifs).
- Ni clapets ni garniture ; auto-amorçante, tolère de tourner à sec un instant, et réversible.
- Débit proportionnel à la vitesse → dosage précis. Débit = volume entre deux rouleaux × cadence.
Le point faible
Le tuyau s'use : c'est une pièce d'usure à remplacer régulièrement (avant qu'il ne lâche). Et le débit est pulsé — un à-coup à chaque passage de rouleau. On lisse ça avec plusieurs rouleaux ou un amortisseur de pulsations.
Pompe à anneau liquide
Un cas à part : elle sert surtout à faire le vide (extraction d'air / incondensables au condenseur, amorçage).
Comment ça marche
La roue tourne excentrée dans un corps rempli d'eau : la force centrifuge plaque l'eau contre la paroi et forme l'anneau liquide. Entre deux aubes, le volume ouvert grandit côté aspiration (le gaz est aspiré) puis rétrécit côté refoulement (le gaz est comprimé et chassé). Le volume clair sur le schéma est emprisonné à l'aspiration puis relâché à la sortie.
L'eau assure l'étanchéité et refroidit le gaz : il faut une eau d'appoint permanente. Avantages : simple, tolère un peu de liquide entraîné, pas d'huile au contact du gaz. Usage : vide de condenseur, systèmes d'amorçage.
Éjecteur (pompe à jet, sans pièce mobile)
Pas de rotor ni de moteur : un fluide moteur (vapeur ou eau sous pression) accélère dans une tuyère et crée une dépression qui aspire le gaz ; un diffuseur ralentit le mélange et récupère la pression. Robuste et increvable.
Sur l'UVE
Faire le vide au condenseur (extraction des incondensables), en alternative ou complément de l'anneau liquide. Aussi pour l'amorçage de circuits.
Points d'attention
Rendement faible : consomme en continu de la vapeur / eau motrice, peu de réglage fin. En échange : aucune pièce mobile, donc quasi aucune maintenance.
Protéger les pompes alimentaires
Une pompe alimentaire est chère et travaille dur (haute pression, eau chaude). Trois protections à connaître :
NPSH
Si la pression à l'aspiration passe sous la tension de vapeur, l'eau « bout » et implose sur la roue → bruit de gravier, érosion. Il faut NPSH disponible > NPSH requis : bâche assez haute, eau pas trop chaude, aspiration dégagée.
Recirculation
À débit trop faible (vanne presque fermée), la pompe s'échauffe et vibre. Une ligne de recirculation (retour vers la bâche) garantit un débit minimal permanent, souvent automatique.
Clapet SCHROEDAHL
Le clapet anti-retour au refoulement empêche l'eau de revenir en arrière quand la pompe s'arrête.
Atelier — NPSH & cavitation
L'eau alimentaire est à 130 °C : à deux doigts de bouillir. Si la pression chute à l'aspiration, elle se vaporise et cavite (bruit de gravier, érosion de la roue). La marge vient surtout de la hauteur du dégazeur au-dessus de la pompe.
Débit minimal & recirculation : la vanne SCHROEDAHL
À faible débit (vanne chaudière presque fermée), l'énergie de la pompe part en chaleur : elle s'échauffe et vibre. Il faut donc garantir un débit minimal. Sur la 2630P110, c'est la vanne de recirculation automatique SCHROEDAHL (type ARC) qui s'en charge : un seul corps auto-piloté qui laisse passer le débit vers la chaudière (clapet anti-retour intégré) et, dès que la demande baisse, ouvre un bypass renvoyant le débit mini vers la bâche alimentaire.
| Situation | Ce que fait la vanne SCHROEDAHL |
|---|---|
| Forte demande chaudière | tout le débit passe vers la chaudière — clapet A.R. ouvert, bypass fermé |
| Faible demande (la chaudière se ferme) | le bypass s'ouvre tout seul : le débit mini repart vers la bâche alimentaire, la pompe reste protégée |
| Pompe à l'arrêt | le clapet anti-retour ferme : l'eau HP de la chaudière ne peut pas refluer vers la pompe |
Diagnostic express
Un symptôme sur une pompe alimentaire — clique pour la cause probable et l'action.
3 questions
1. Pourquoi la pompe alimentaire est-elle multicellulaire (à plusieurs étages) ?
Chaque roue ajoute sa hauteur : 4 étages ≈ 4× la hauteur, ce qu'il faut pour vaincre les ~42 bar de la chaudière. Le débit, lui, reste celui d'une roue.
2. À quoi sert la ligne de recirculation d'une pompe alimentaire ?
À trop faible débit, la pompe chauffe et vibre. La recirculation renvoie un débit mini vers la bâche pour la protéger.
3. Que fait le clapet anti-retour (SCHROEDAHL) quand la pompe s'arrête ?
C'est un sens interdit : à l'arrêt, il bloque le retour d'eau HP (pas de rotation inverse, pas de coup de bélier), et isole chaque pompe en parallèle.