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FORMATION · SÉCURITÉ & RISQUES

Les zones ATEX

Une atmosphère explosive, c'est un combustible dispersé dans l'air, en bonne proportion, qui n'attend qu'une étincelle. Sur une UVE, ça se joue surtout dans les silos de réactifs, au poste gaz, au local de charge et autour de l'eau ammoniacale. Cette fiche donne le vocabulaire, le zonage, le marquage du matériel et les gestes qui vont avec.

01Ce qu'il faut réunir pour exploser

ATEX = ATmosphère EXplosive. Le feu demande trois éléments ; l'explosion en demande trois de plus. Retirez-en un seul et il ne se passe rien : c'est tout le principe de la prévention.

EXPLOSION les 6 réunies Combustiblegaz, vapeur, poussière Comburantl'oxygène de l'air Source d'inflammationétincelle, surface chaude Domaine d'explosivitéentre LIE et LSE Mise en suspensionnuage, pas de tas Confinementsilo, gaine, local

Les trois premiers, c'est le triangle du feu classique. Les trois derniers font la différence entre un feu et une explosion : il faut la bonne concentration, un produit dispersé (un tas de charbon actif ne fait pas de boule de feu, un nuage de charbon actif oui) et un volume confiné qui laisse la pression monter.

Le raccourci utile : en exploitation, on n'agit presque jamais sur le comburant ni sur le combustible — ils sont là par construction. On agit sur la concentration (ventilation, étanchéité) et sur les sources d'inflammation (matériel Ex, mise à la terre, permis de feu). D'où le zonage : il sert à décider quel matériel a le droit d'être là.

02Les six zones : une histoire de durée

Une zone n'est pas définie par la dangerosité du produit mais par le temps pendant lequel l'atmosphère explosive est présente en fonctionnement normal. Gaz et vapeurs d'un côté (0-1-2), poussières de l'autre (20-21-22), avec exactement la même logique.

Gaz, vapeurs et brouillards

0
En permanence

Présence permanente, sur de longues durées ou fréquente.

> 1000 h/an · ex. ciel d'une cuve de solvant
1
Occasionnellement

Susceptible d'apparaître en fonctionnement normal : dépotage, purge, prise d'échantillon.

10 à 1000 h/an
2
Anormalement, et brièvement

Peu probable en marche normale, et de courte durée si elle survient : fuite sur bride, défaut d'étanchéité.

< 10 h/an

Poussières combustibles

20
En permanence

Nuage de poussière quasi permanent : intérieur d'un silo, d'un cyclone, d'un filtre à manches, d'une vis de transport.

> 1000 h/an
21
Occasionnellement

Abords immédiats d'une trappe, d'un évent, d'un point de transfert ouvert en marche normale.

10 à 1000 h/an
22
Anormalement

Environnement du matériel : nuage seulement en cas de fuite, de casse de manche ou de dépotage raté.

< 10 h/an
zone 22 local, abords du silo zone 21 évent, trappe, dépotage filtre zone 20 intérieur Le matériel autorisé suit la zone zone 20 → catégorie 1D (EPL Da) zone 21 → catégorie 2D (EPL Db) zone 22 → catégorie 3D (EPL Dc) Un matériel plus protecteur descend toujours vers une zone moins sévère. L'inverse est interdit.

Zone ↔ catégorie de matériel : le tableau à connaître

ZoneNatureCatégorie exigéeNiveau de protection (EPL)Principe
0Gaz1GGasûr même avec 2 défauts
1Gaz2G (ou 1G)Gbsûr avec 1 défaut
2Gaz3G (ou 2G, 1G)Gcsûr en marche normale
20Poussières1DDasûr même avec 2 défauts
21Poussières2D (ou 1D)Dbsûr avec 1 défaut
22Poussières3D (ou 2D, 1D)Dcsûr en marche normale

Le chiffre de la catégorie et celui de la zone vont en sens inverse : plus la zone est sévère (0), plus la catégorie est basse (1). Moyen mnémotechnique : 0 → 1, 1 → 2, 2 → 3, la somme fait toujours 3.

03Où ça se trouve, concrètement, sur une UVE

Les endroits ci-dessous sont ceux que l'on rencontre typiquement sur une unité de valorisation énergétique. Ils donnent l'ordre d'idée du risque, pas le zonage réel.

Seul le plan de zonage du DRPCE fait foi. Le découpage exact, les distances et les catégories de matériel sont ceux du document relatif à la protection contre les explosions du site. Avant toute intervention, on lit le plan de zonage affiché et le permis, pas sa mémoire.
EndroitProduit en causeTypeCe qui déclenche le risque
Silos de réactifs (chaux, bicarbonate, charbon actif) et leurs filtrespoussière combustible — surtout le charbon actifDremplissage pneumatique, décolmatage, casse de manche
Silo REFIOM et transport de cendrespoussières fines, imbrûlésDmise en suspension au chargement camion
Poste de détente gaz naturel, rampe des brûleurs de démarrageméthaneGfuite sur bride, purge, mise en service
Local de charge des batteries (chariots, engins)hydrogène en fin de chargeGaccumulation en point haut, ventilation à l'arrêt
Dépotage et stockage d'eau ammoniacale (SNCR/SCR)ammoniacGdégagement au dépotage, soupape, fuite de flexible
Fosse à déchets, puisards, réseaux d'effluentsméthane, H₂S de fermentationGfosse pleine à l'arrêt, ventilation réduite, espace confiné
Stockage de fioul et groupe électrogènegasoil / FODGpoint éclair élevé : risque surtout si le produit est réchauffé ou pulvérisé
Le cas du charbon actif. C'est le produit le plus traître du lot : poussière très fine, énergie d'inflammation basse, et surtout capacité d'auto-échauffement quand il est stocké humide ou chargé en polluants. Un point chaud dans un silo peut couver plusieurs jours avant de se déclarer. On ne remet jamais d'air frais brutalement sur un silo suspect, et on surveille la température.

04Lire un marquage Ex

Chaque matériel installé en zone porte une plaque. Cliquez sur chaque bloc du marquage ci-dessous pour le décoder.

Un bloc à la fois : cliquez pour afficher la signification.

Les modes de protection les plus courants

LettreNomPrincipeTypiquement
denveloppe antidéflagrantel'explosion est admise à l'intérieur, l'enveloppe la contient et refroidit les gaz à la sortiemoteurs, coffrets, éclairages
esécurité augmentéeon interdit toute étincelle et tout point chaud par constructionboîtes de jonction, bornes
isécurité intrinsèque (ia / ib / ic)l'énergie du circuit est limitée sous le seuil d'inflammation — la seule solution vraiment admise en zone 0capteurs, transmetteurs, barrières Zener
psurpression interneon maintient l'intérieur en surpression d'air ou d'azote pour que l'atmosphère n'y entre pasarmoires, analyseurs
mencapsulageles parties actives sont noyées dans une résineélectrovannes, bobines
nmatériel non étincelantversion allégée réservée à la zone 2éclairage, petits moteurs
tprotection par enveloppe (ta / tb / tc)étanchéité à la poussière + limitation de la température de surfacetout le matériel « D » des silos
Le piège classique : un presse-étoupe non Ex, un capot mal refermé ou une vis manquante suffisent à annuler la protection d ou t. Un matériel Ex n'est Ex que s'il est monté et refermé comme le constructeur l'a prévu — toutes les vis, le bon presse-étoupe, le bon couple de serrage.

05Classes de température : ne jamais dépasser

La classe T indique la température de surface maximale que le matériel peut atteindre, même en défaut. Elle doit rester en dessous de la température d'auto-inflammation du gaz présent.

ClasseTempérature de surface max.Compatible avec un gaz dont la TAI est…
T1450 °C> 450 °C — méthane (595 °C), ammoniac (630 °C), hydrogène (560 °C)
T2300 °C> 300 °C — acétylène, éthanol
T3200 °C> 200 °C — essences, gasoil
T4135 °C> 135 °C — acétaldéhyde, éther
T5100 °C> 100 °C
T685 °C> 85 °C — sulfure de carbone

Plus le chiffre est grand, plus le matériel est froid, donc plus il est polyvalent : un T6 va partout, un T1 seulement là où le gaz s'enflamme très haut.

Pour les poussières, deux températures au lieu d'une

Le marquage poussière ne donne pas une classe T mais une température en clair, par exemple T125 °C. Elle doit rester sous :

D'où l'importance du ménage : une couche de poussière sur un moteur, c'est à la fois un isolant qui fait monter la température du carter et un combustible posé dessus.

06LIE, LSE et lecture de l'explosimètre

Entre les deux limites, ça brûle. En dessous de la LIE (limite inférieure d'explosivité) le mélange est trop pauvre, au-dessus de la LSE il est trop riche — mais un mélange trop riche redevient explosif dès qu'il est dilué par de l'air, donc ce n'est jamais une sécurité.

ProduitLIELSEAuto-inflammationGroupe
Hydrogène (charge batteries)4 % vol75 %560 °CIIC
Méthane / gaz naturel5 %15 %595 °CIIA
Monoxyde de carbone12,5 %74 %605 °CIIB
Ammoniac15 %28 %630 °CIIA
Sulfure d'hydrogène4 %45 %260 °CIIB

Convertir une mesure

L'explosimètre affiche des % de la LIE, pas des % de gaz. 100 % LIE = on est à la limite basse d'explosivité. Le seuil d'alarme habituel est 10 % LIE, l'évacuation à 25 %.

07Les sources d'inflammation à surveiller

La norme EN 1127-1 en recense treize. Cinq expliquent la quasi-totalité des accidents en exploitation :

1 · Surfaces chaudes

Paliers grippés, moteur encrassé, tuyauterie vapeur non calorifugée, meulage. C'est la première cause en silo.

2 · Étincelles mécaniques

Un corps étranger métallique entraîné dans une vis ou un broyeur, un outil qui tombe, une frotte entre pièce fixe et pièce tournante.

3 · Électricité statique

Transport pneumatique, remplissage d'un silo, flexible de dépotage, big-bag, vêtement synthétique. D'où les liaisons équipotentielles systématiques.

4 · Matériel électrique

Coffret non Ex, lampe torche standard, téléphone, perceuse, rallonge. Y compris le matériel « juste pour cinq minutes ».

5 · Flammes et travaux par point chaud

Soudure, oxycoupage, disqueuse. Jamais sans permis de feu, contrôle d'atmosphère et surveillance après travaux.

Les autres

Courants vagabonds, foudre, ondes radio, rayonnements, ultrasons, compression adiabatique, réactions chimiques exothermiques.

08Le cas particulier des poussières

Une explosion de poussières se distingue par deux choses : elle demande une mise en suspension, et elle arrive rarement seule.

L'explosion secondaire. La première explosion, souvent modeste, souffle les dépôts accumulés sur les poutres, les chemins de câbles et les capotages. Cette poussière remise en suspension s'enflamme à son tour, dans tout le local cette fois. C'est elle qui détruit les bâtiments. La conclusion est simple et vaut plus que tout le reste : un local propre ne peut pas faire d'explosion secondaire.

Les repères chiffrés

Les protections que l'on trouve sur les silos

Évents d'explosion (membranes de décharge orientées vers l'extérieur, jamais vers un poste de travail), écluses rotatives faisant coupure, détection d'étincelles sur les gaines, mise à la terre de tous les éléments métalliques, sondes de température, inertage à l'azote pour les cas les plus sévères.

09Sur le terrain

Ce qu'on fait

  • Lire le plan de zonage et le permis avant d'entrer.
  • Contrôler l'atmosphère à l'explosimètre avant et pendant les travaux.
  • Raccorder la liaison équipotentielle avant de brancher un flexible de dépotage.
  • Utiliser lampe, radio, appareil photo et outillage certifiés Ex.
  • Porter des chaussures antistatiques et des vêtements conformes.
  • Aspirer (aspirateur ATEX) ou nettoyer à l'humide.
  • Refermer chaque coffret complètement, toutes vis en place.
  • Signaler tout presse-étoupe, capot ou passage de câble abîmé.

Ce qu'on ne fait pas

  • Souffler à l'air comprimé pour nettoyer une poussière : c'est fabriquer un nuage explosif.
  • Entrer avec un téléphone, une lampe ou une perceuse ordinaires.
  • Remplacer une lampe Ex par un modèle standard « en attendant ».
  • Ouvrir un coffret antidéflagrant sous tension.
  • Faire un point chaud sans permis de feu ni contrôle d'atmosphère.
  • Laisser un flexible de dépotage sans mise à la terre.
  • Ouvrir en grand un silo suspecté d'auto-échauffement.
  • Considérer qu'une zone 2 « ne compte pas ».
La signalisation d'une zone ATEX est un triangle jaune bordé de noir portant les lettres EX en noir. Il marque l'entrée de la zone : au-delà, seules les personnes formées et le matériel adapté sont admis.

10Les textes, en trois lignes

TexteCe qu'il imposeÀ qui
Directive 2014/34/UE
(« ATEX matériel »)
Conception et marquage des appareils destinés aux zones ATEX. Remplace l'ancienne 94/9/CE.Fabricants
Directive 1999/92/CE
(« ATEX travailleurs »)
Évaluation du risque, classement en zones, signalisation, formation du personnel.Employeur
Code du travail
art. R.4227-42 et suivants
Transposition française : prévention des explosions sur les lieux de travail.Employeur
DRPCEDocument relatif à la protection contre les explosions : identification des produits, plan de zonage, matériel installé, mesures de prévention, procédures de travail. Tenu à jour et communiqué.Site
Arrêtés du 8 juillet 2003
et du 26 février 2003
Protection des travailleurs et règles pour les installations électriques en zone.Site

Sur une installation classée, le zonage rejoint aussi l'étude de dangers et les prescriptions de l'arrêté préfectoral d'exploitation — voir la fiche Arrêté d'exploitation.

QZDix questions pour vérifier

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